Vendredi 11 juin 2021

Assises de la Somme: "Je vous dirai jamais que c'est moi parce que c'est pas moi !" assure Rançon

Par Béatrice JOANNIS

AFP/Archives - RAYMOND ROIG

Jacques Rançon a nié avec constance vendredi devant la cour d'assises de la Somme avoir tué Isabelle Mesnage, mais pas trouvé de mots pour tracer un portrait positif de lui-même, poussé dans ses retranchements sur ses aveux, son rapport aux femmes et ses autres crimes.

"Je vous dirai jamais que c'est moi parce que c'est pas moi, alors calmez-vous!": le Picard de 61 ans, devenu célèbre comme le "tueur de la gare de Perpignan", est sorti pour la première fois de ses gonds face à un avocat des parties civiles, Didier Seban.

Depuis l'ouverture mardi de son procès pour le viol et le meurtre, vieux de 35 ans, de la jeune informaticienne, cet ancien cariste taciturne n'avait laissé paraître que très peu d'émotions.

"En 1986, j'étais pas un assassin" a-t-il redit, alors qu'il a été condamné en 2018 à la réclusion à perpétuité pour ses crimes à Perpignan, en 1997 et 1998.

En juin 2019, il avait avoué le viol, le meurtre et la mutilation du corps d'Isabelle Mesnage, à sa dernière audition de garde à vue puis devant le juge, mais s'était ensuite rétracté.

Lui qui répond souvent d'un seul mot et dit beaucoup "je ne sais pas" a été presque loquace vendredi pour expliquer ces aveux.

"A un moment, j'ai dit: +Je veux bien avouer mais c'est pas moi+. Tout ce que j'ai dit, c'était en pensant à Moktaria et à Marie-Hélène", ses victimes de Perpignan, a-t-il expliqué, ajoutant "je suis jugé d'avance: tout le monde pense que c'est moi".

"J'en avais marre, alors j'ai parlé, j'ai dit ce qu'ils voulaient entendre" a-t-il poursuivi, sur son le même neutre qu'il utilise pour décrire le "découpage" du sexe, de la tête ou des mains de ses victimes de Perpignan.

"Vous y pensez à toutes ces femmes qui ont souffert à cause de vous?" lui lance Didier Seban. "Non".

"Vous avez donné des détails que seul le tueur pouvait connaître, c'est votre signature", assène l'avocat.

Les conseils de Jacques Rançon tentent de démontrer que la seconde enquête, lancée en 2018 sur ce "cold case", est partie du principe de sa culpabilité, laissant de côté des aspects du dossier ne coïncidant pas avec son parcours et ses aveux.

L'avocate générale a semé un certain trouble vendredi matin en lisant rapidement la déposition d'une amie d'Isabelle Mesnage. Elle indiquait que "quelque chose n'allait pas" chez elle au moment des faits, évoquait une proximité avec un collègue et une lettre où la victime écrivait "il faut que je me trouve vite un papa", suggérant qu'elle était enceinte. Ce collègue, un temps soupçonné, a été ensuite mis hors de cause.

- "Dire qui vous êtes" -

"Vous avez l'occasion de dire à cette cour qui vous êtes", a ensuite insisté la présidente, Patricia Ledru, rappelant que l'accusé a dit souffrir de l'image de "monstre" donnée de lui.

"J'ai toujours travaillé. J'ai eu les femmes que j'ai eues, c'était bien", dit-il simplement, lâchant "je ne sais pas quoi vous dire" lorsque la présidente le relance.

Il reconnaît qu'il partait traîner à la recherche de filles, mais seulement après la naissance de son fils en 1987, pas en 1986.

Une femme a pourtant témoigné mardi avoir échappé de justesse à un enlèvement en 1986.

La présidente est aussi remontée aux origines de son parcours de prédateur sexuel en lisant la déposition d'une autre femme, agressée en 1976, encore adolescent. Sans poursuite, les gendarmes ayant dissuadé l'adolescente de porter plainte contre ce "pauvre gosse".

Les dépositions de trois anciennes compagnes ont également été lues. La dernière, Lolita, l'a fait condamner deux fois pour menaces et violences avec arme mais les deux autres décrivent des relations sans violence, ni physique ni sexuelle.

Jeudi, sa compagne en 1986, Carole, avait, elle, donné l'impression de minimiser les violences infligées.

L'accusé avait esquissé l'ombre d'un sourire lorsque Didier Seban avait dit à cette femme mince et brune, comme Moktaria et Marie-Hélène: "je comprends que vous vouliez le soutenir".