Jeudi 04 février 2021

Assises du Haut-Rhin: 25 ans de réclusion pour un incendie criminel qui avait fait six morts

Un homme de 31 ans a été condamné jeudi par les assises du Haut-Rhin à 25 ans de réclusion criminelle pour avoir volontairement déclenché en 2017 dans un immeuble de Mulhouse un incendie qui avait fait six morts dont quatre enfants.

Les jurés ont également prononcé une peine de sûreté des deux tiers à l'encontre d'Aurélien Roellinger, qui avait reconnu être l'auteur de l'incendie survenu dans la nuit du 1er au 2 octobre 2017 dans le quartier populaire de Bourtzwiller.

Ce père de deux enfants, qui avait en revanche nié toute préméditation et intention homicide, est resté impassible à l'énoncé du verdict, rendu après environ trois heures de délibéré.

Il est inférieur aux réquisitions prononcées dans la matinée par l'avocate générale : Sandra Di Rosa avait réclamé 30 ans de réclusion assortis d'une peine de sûreté de 20 ans.

L'incendie s'était déclaré dans le sous-sol de l'immeuble de quatre étages, avant que les fumées toxiques n'envahissent la cage d'escalier. Six personnes avaient péri, dont quatre enfants âgés de 6 à 11 ans. Huit autres avaient été blessées, dont deux grièvement brûlées.

M. Roellinger, qui habitait l'immeuble, avait été rapidement interpellé. Après avoir d'abord reconnu avoir jeté un mégot dans une poussette au sous-sol, il avait avoué pendant l'instruction avoir mis le feu avec son briquet à des prospectus qui se trouvaient dans la poussette.

Il "veut nous faire croire à un coup de tête. Non : il a agi de façon réfléchie, volontaire", a estimé Sandra Di Rosa, selon laquelle l'accusé, revenu vivre à contre-coeur à Bourtzwiller après une séparation, nourrissait de la "rancœur vis-à-vis de cet immeuble (...) pas digne de lui" et n'avait que "mépris et dédain pour ses habitants".

"Il a attendu le moment opportun pour mettre le feu" et connaissait "les conséquences dramatiques" de son acte, a poursuivi la magistrate.

Selon elle, M. Roellinger a voulu "nuire aux habitants, les punir de laisser traîner des objets" dans les parties communes : "il savait que cela allait flamber et il savait les conséquences dramatiques".

En conséquence, "il doit être puni à la hauteur de la gravité des faits et de ses conséquences", a-t-elle lancé aux jurés.

Il a mis le feu mais "sans préméditation, sans préparation (...) Détruire volontairement, oui. Vouloir donner la mort, non", a plaidé son avocat, Me Samir Ayari, invoquant un acte mû par une "impulsivité irréfléchie".

Et lorsque son client frappe aux portes des voisins une fois le feu déclenché, c'est pour les avertir et leur porter secours, en somme "rattraper quelque chose qui le dépassait", a insisté Me Ayari, opposé à la thèse selon laquelle l'accusé a "attiré les habitants" vers le feu et les fumées "de façon volontaire".

Évoquant les nuits de son client désormais "hantées par le spectre de la culpabilité", il a été entendu par les jurés auxquels il avait demandé une peine moins lourde que les réquisitions.

Très peu prolixe depuis l'ouverture des débats lundi, l'accusé a toutefois présenté ses excuses aux parties civiles pendant le procès : "j'aimerais réitérer mes sincères condoléances, même si vous ne les accepterez pas, et mes excuses. Ce que j'ai fait est horrible".