Mardi 26 janvier 2021

A Clermont-Ferrand, des cyclistes bénévoles pour rompre l'isolement, même après la crise du Covid

Relations auditeurs

"Aider les plus isolés en faisant du sport": à Clermont-Ferrand, des cyclistes livrent bénévolement les personnes fragiles. Une initiative citoyenne née comme des milliers d'autres pendant le confinement, qui ambitionne de s'inscrire dans la durée.

Derrière son masque, on devine un large sourire. Malgré sa santé fragile, Christiane Segaud, joviale retraitée, rayonne en ouvrant sa porte aux deux cyclistes venus chercher sa liste de courses.

Florent Pianezzola et Dorian Mieusset, 24 et 26 ans, écoutent patiemment les dernières recommandations de la septuagénaire avant d'enfourcher leurs vélos, direction le supermarché le plus proche où le couple Segaud a ses habitudes.

Christiane Segaud et son mari souffrent de graves pathologies qui affaiblissent leur système immunitaire, les empêchant même de se faire vacciner contre le Covid-19.

"Nos médecins nous interdisent de sortir... Pour nous, c'est le confinement même quand il n'y est pas officiellement", souffle Jean-Claude, 78 ans.

"C'est difficile... Mais on est tombé sur cette association qui est sublime (...) A notre grand bonheur, ils sont là quand on a besoin pour faire les courses, c'est formidable", s'enthousiasme-t-il.

A leur retour, les deux livreurs bénévoles déchargent leurs sacs à dos pleins à craquer, puis acceptent le café et les chocolats offerts par le couple ravi de pouvoir bavarder.

"C'est pas juste +on donne les courses et on s'en va+. Il y a vraiment un échange derrière, et on nous offre toujours à boire, à manger", le but étant de "passer du temps avec ces personnes", témoigne Dorian Mieusset.

L'histoire a commencé dès les premiers jours du confinement en mars 2020. Touchée par la situation des personnes vulnérables privées de sortie, Margaux Louis, joueuse de rugby de 28 ans, décide de "joindre l'utile à l'agréable: faire du vélo et en même temps leur rendre service en faisant leurs courses".

"J'ai d'abord livré des gens que je connaissais. On était deux, puis on a lancé un appel sur les réseaux et d'autres sportifs nous ont rejoints". Mais "nous avons compris que nous n'aurions pas de soutien sans monter une structure", raconte la jeune femme: l'association des "supers livreurs" voit le jour le 7 avril.

-"Changer les idées"-

L'initiative prend de l'ampleur, réunit une quinzaine puis une trentaine de cyclistes: "nous recevions parfois 30 appels par jour, et faisions une dizaine de livraisons", se souvient-elle. Même l'athlète auvergnat Rémi Cavagna prend part à l'aventure, effectuant lui-même des courses avant la préparation au Tour de France.

Tout aurait pu s'arrêter là. Mais après le confinement, "les gens voulaient qu'on continue, car nous avons soulevé un problème de société qui existe hors confinement: l'isolement des personnes vulnérables", explique la fondatrice de l'association.

"Ce sont des personnes qui n'ont souvent pas les moyens de passer par un système payant et puis il y a toujours le truc en plus: on va poster une lettre, acheter des médicaments ou quelque chose sur le chemin, livrer un colis à la soeur, tout est possible", détaille Nicolas Crosnier, enseignant et "super livreur".

Ce jour-là, il se rend chez Anita de Doncker, une dame de 54 ans cloîtrée chez elle en raison d'un problème de mobilité. La crise sanitaire l'empêche de rejoindre sa famille dans le Nord. "Je ne connais personne ici. On parle de choses et d'autres, de la pluie et du beau temps, de tout et de rien, on se change les idées!", raconte la frêle quinquagénaire.

L'association est soutenue par la mairie de Clermont-Ferrand et le Conseil départemental du Puy-de-Dôme.

Ce succès reflète-t-il l'échec des collectivités? "Au contraire, c'est une complémentarité: nous allons les accompagner pour concrétiser leur projet, les aider à le sécuriser car le lien social est un élément essentiel de l'autonomie", explique Isabelle Terrasse, directrice adjointe de l'Autonomie au sein du Conseil départemental du Puy-de-Dôme.

Recrutée par le Lille Métropole rugby club villeneuvois (LMRCV), Margaux Louis continue de gérer l'association à distance et répond toujours aux appels de la centaine de bénéficiaires.

L'avenir? Elle projette de créer un partenariat entre un jeune et une personne isolée, pour les courses, mais aussi pour des visites, des coups de fil réguliers, avec "l'idée de recréer du lien entre nous sur le territoire".