Vendredi 19 mars 2021

Confiner sans enfermer, la nouvelle formule du gouvernement

Par Paul AUBRIAT, Laurence BENHAMOU, Jérôme RIVET

Reconfinés, vraiment? A quelques heures du début de nouvelles restrictions pour un tiers des Français, le gouvernement continue vendredi de préciser les modalités de ces mesures, vues au mieux comme un "compromis" et au pire comme une solution insuffisante face à l'épidémie de Covid-19.

Au total, 16 départements vont connaître dès samedi de nouvelles "mesures de freinage massif", toutefois moins strictes que le premier confinement national d'il y a un an: les huit d'Ile-de-France, les cinq des Hauts-de-France ainsi que la Seine-Maritime, l'Eure et les Alpes-Maritimes.

Cela représente 21 millions d'habitants, dont les 12 millions de la région parisienne, de loin la plus densément peuplée et le poumon économique du pays.

Ces habitants pourront sortir de chez eux seulement "dans un rayon limité à 10 kilomètres", avec une attestation, "sans aucune limitation de durée". Dans le reste du pays, le couvre-feu est repoussé d'une heure, à 19H00.

Comme à chaque annonce de confinement, les trains au départ de la gare Montparnasse à Paris étaient pleins vendredi matin, de voyageurs pressés de partir en week-end et de futurs confinés voulant se mettre au vert.

"En refusant toute anticipation et toute prise de décision forte fin janvier, l'exécutif se retrouve à la mi-mars obligé de durcir +mais pas trop+ les dispositions, en confinant sans confiner, avec une efficacité qui sera faible", a déploré le collectif de médecins Du côté de la science.

Alors, confinement ou pas? "Je ne suis pas un fétichiste du mot", a assuré le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, vendredi sur RTL.

"Il vaut mieux passer un peu de temps dehors plutôt qu'en intérieur avec d'autres personnes", où le risque de contamination est plus grand, a-t-il poursuivi.

- "Confinement aéré" -

Par ailleurs, les déplacements interrégionaux seront interdits, sauf "motifs impérieux ou professionnels", selon M. Castex. Comme à l'automne, écoles et collèges resteront ouverts mais les lycées basculeront tous en "demi-jauge".

Principal changement concret, les commerces dits non-essentiels devront baisser le rideau. Ils rejoignent les bars et les restaurants, clos depuis le précédent confinement en novembre-décembre.

Après leur mobilisation à l'automne, les librairies et disquaires ont gardé le droit de rester ouverts. Et alors qu'on pensait que les coiffeurs seraient obligés de fermer, Gabriel Attal a annoncé qu'ils pourraient finalement y échapper.

Selon lui, un décret va préciser quels petits commerces pourront rester ouverts, avec des protocoles "améliorés".

Enfin, le gouvernement insiste sur la nécessité de télétravailler au moins quatre jours sur cinq.

Toutes ces restrictions seront en place pour quatre semaines et pourront être étendues "à d'autres parties du territoire" selon l'évolution de l'épidémie, a prévenu M. Castex.

Ce confinement nouvelle formule, "c'est probablement un bon compromis entre les contraintes sanitaires et sociales et économiques", a commenté sur France Inter Karine Lacombe, responsable du service des maladies infectieuses à l'hôpital parisien Saint-Antoine.

"C'est un confinement aéré (...) Si on veut que ce soit respecté, le compromis est assez intelligent", a renchéri Jean-Michel Constantin, chef du service anesthésie-réanimation à la Pitié-Salpêtrière.

En tout cas, la "3e vague", comme l'a nommée le chef du gouvernement, a eu raison de la volonté affichée d'Emmanuel Macron le 29 janvier d'éviter tout confinement.

- Castex vacciné -

Contrairement aux espoirs du chef de l'Etat, la situation sanitaire se dégrade rapidement, comme le redoutaient nombre d'épidémiologistes: la France a enregistré jeudi près de 35.000 nouveaux cas de Covid-19 en 24 heures, dépassant la barre des 30.000 pour la deuxième journée consécutive.

La pression sur les services de réanimation est repartie à la hausse, avec 4.246 malades, un nouveau pic depuis fin novembre. Plus d'un quart de ces patients sont hospitalisés en Ile-de-France.

"Déjà à un niveau intense, la circulation (du virus) continue de croître et accentue les tensions hospitalières qui sont critiques dans certaines régions", a prévenu l'agence sanitaire Santé publique France dans son bulletin hebdomadaire vendredi.

"Ce type de confinement à lui tout seul ne permettrait probablement pas de juguler l'épidémie telle qu'on l'a maintenant. Mais on a la promesse du vaccin qui va probablement tout changer", a espéré Karine Lacombe.

Pour l'instant, 5,7 millions de personnes ont reçu au moins une injection, dont 2,4 ont eu leurs deux doses, selon le ministère de la Santé.

Jean Castex lui-même se fera vacciner vendredi à 14h30 à l'hôpital des armés Bégin, avec le vaccin AstraZeneca. Objectif: rassurer les Français après la fin de la suspension de ce vaccin, causée par des soupçons d'effets secondaires graves. Jeudi, l'Agence européenne des médicaments a répété que ses bénéfices dépassaient très largement ses risques.