Mardi 02 février 2021

Covid-19: la France dans l'attente des consignes sur le vaccin d'AstraZeneca

Par Andréa BAMBINO

Le vaccin fabriqué par AstraZeneca peut-il être injecté à des personnes âgées ? De la réponse à cette question, mardi, dépend la suite de la campagne vaccinale en France contre le Covid-19, qui continue de peser sur les hôpitaux.

Lors d'un point presse à 17h15, la Haute autorité de santé (HAS) doit rendre son verdict et dire quelle place peut prendre ce nouvel antidote, le troisième validé par l'Union européenne, dans le paysage vaccinal français.

Vendredi, l'Agence européenne du médicament (EMA) a autorisé ce produit, développé par le groupe pharmaceutique britannique en partenariat avec l'université d'Oxford, pour tous les adultes. Mais dans plusieurs pays, les autorités sanitaires ont émis des réserves plus ou moins fortes sur son efficacité pour les personnes âgées.

L'enjeu n'est pas anodin, car si AstraZeneca a fait polémique en annonçant de fortes baisses de rendements, 2,5 millions de doses sont quand même attendues en France en février, dont une première livraison de 450.000 doses dès la fin de la semaine, indique-t-on au ministère de la Santé.

Si la HAS donne un feu vert sans condition, cet approvisionnement permettrait d'accélérer la vaccination des personnes âgées, que les doses disponibles des deux autres vaccins sur le marché (Pfizer/BioNTech, Moderna) ne permettent pas de couvrir dans l'immédiat.

La semaine dernière, le gouvernement a annoncé qu'il prévoyait pour février qu'1 million de nouvelles personnes recevraient leur première dose et 1,4 million la seconde, sur la base des livraisons de Pfizer et Moderna, bien loin de l'objectif de 4 millions évoqué quelques jours plus tôt par le ministre de la Santé Olivier Véran.

Emmanuel Macron réunit mardi en fin d'après-midi les principaux acteurs industriels de vaccins pour leur demander d'accélérer la cadence de production.

- Logistique -

Dans l'immédiat, dans plusieurs régions, des centres de vaccination ont dû reporter des rendez-vous déjà fixés pour la première dose, environ 50.000 selon Olivier Véran.

En France, la seule cible des plus de 75 ans en ville, pour lesquels la vaccination est théoriquement ouverte depuis le 18 janvier, représente 5 millions de seniors. Mais la campagne s'adresse aussi aux résidents des Ehpad et à l'ensemble des professionnels de santé de plus de 50 ans ou fragiles, ainsi qu'aux personnes atteintes de certaines pathologies. Soit un total de 8,6 millions de personnes.

Selon un dernier bilan dimanche soir, on comptait 1,486 million de premières injections en France (dont 330.000 dans les Ehpad et au moins 500.000 pour les professionnels de santé), alors que 2,6 millions de doses ont déjà été reçues en France et 1,1 million de plus sont attendues d'ici la fin de la semaine, selon des données du ministère.

Que faire si la HAS ne valide pas le vaccin d'AstraZeneca pour les personnes âgées ?

"Nous adapterons notre stratégie, les publics ne manquent pas", entre les soignants plus jeunes ou d'autres personnes vulnérables, répond-on au ministère de la Santé, où l'on espère que fin mars, en partant d'un taux d'adhésion de 60%, "la totalité" des volontaires parmi les publics prioritaires auront reçu "une première injection avec Pfizer ou Moderna".

Devant les députés, le Premier ministre Jean Castex a en tout cas exclu que le vaccin d'AstraZeneca soit réservé en priorité aux étudiants, car "ce n'est pas celles et ceux qui développent les formes les plus graves de la maladie", a-t-il prévenu lors des questions au gouvernement.

Ce vaccin présente aussi un gros avantage logistique, car il n'a pas besoin d'être conservé à des températures très basses (-70° pour le vaccin Pfizer/BioNTech, -20° pour Moderna) et peut être transporté plus facilement. Du coup, les autorités envisagent qu'il pourra à terme passer par les pharmacies, comme le vaccin contre la grippe. La HAS doit également se prononcer sur ce point.

- Les variants s'installent -

Le coronavirus circule toujours activement dans le pays. Selon des chiffres de Santé publique France, on a dénombré plus de 125.000 cas positifs entre lundi et vendredi dernier, chiffre stable par rapport à la semaine précédente.

Mais les variants anglais et sud-africain, plus contagieux, inquiètent toujours. En Ile-de-France, "on était plutôt aux alentours de 6% le 7 janvier (de présence des variants dans la totalité des cas) et on est monté à 15/20% la semaine dernière", s'est alarmé le président de la commission médicale de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Rémi Salomon, sur franceinfo.

Les marges sont toujours réduites à l'hôpital, avec 27.874 patients Covid-19 dans tout le pays (3.000 de plus qu'au 10 janvier), chiffre qui se rapproche des pics deux précédentes vagues (32.000 et 33.000). La situation est moins critique pour les réanimations, avec un peu plus de 3.200 patients (4.900 à l'automne, 7.000 au printemps).

Le rythme des décès quotidiens reste lui aussi élevé, avec 456 morts de patients Covid-19 à l'hôpital lundi, soit plus de 76.500 personnes décédées (à l'hôpital et en Ehpad) depuis le début de l'épidémie.

Un nouveau conseil de défense sanitaire sera réuni mercredi autour du chef de l'Etat.