Vendredi 29 janvier 2021

Covid-19: la France s'attend à plus de restrictions sanitaires et à moins de vaccins

Par Andréa BAMBINO

L'exécutif réunit vendredi un Conseil de défense sanitaire crucial, qui pourrait accoucher de nouvelles restrictions contre l'épidémie de Covid-19, dont un possible reconfinement, au moment où la campagne de vaccination risque de ralentir à cause d'une baisse des livraisons des laboratoires.

Ce conseil de défense se tient autour du chef de l'Etat à l'Elysée dès 18H00, après deux jours de consultation du gouvernement avec les groupes politiques au Parlement, associations d'élus et syndicats.

Pour l'heure, aucune prise de parole d'Emmanuel Macron n'est annoncée.

Seule certitude, l'exécutif va serrer la vis après avoir publiquement acté que le couvre-feu à 18H00, étendu à tout le territoire il y a treize jours, n'était pas suffisamment efficace.

Avec plus de 20.000 cas par jour en moyenne la semaine dernière, les indicateurs montrent "une augmentation de la circulation du SARS-CoV-2 à un niveau élevé et très préoccupant dans le contexte de la présence de variants plus transmissibles", selon le nouveau point épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France.

Les variants, qui se sont diffusés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud et qui représenteraient désormais un dixième des cas en France (2.000 par jour, contre 500 au début du mois), "sont susceptibles d'entraîner une vague épidémique très forte, plus forte encore que les précédentes", a aussi mis en garde jeudi le ministre de la Santé Olivier Véran.

- "hésitation" -

Sur quelles marges l'exécutif peut-il agir alors que les cafés, restaurants, lieux culturels et universités sont fermés depuis la fin octobre ? Faut-il aller plus loin et redemander aux commerces de baisser le rideau, voire fermer les écoles ? Parmi les pistes sur la table: un allongement des vacances scolaires, et une interdiction des déplacements interrégionaux, notamment.

Alors qu'un nouveau confinement est réclamé depuis plusieurs jours par des scientifiques qui pointent les risques d'une propagation très forte de l'épidémie, comme au Royaume-Uni, le gouvernement a temporisé, à la recherche d'un compromis entre les restrictions et le maintien d'une vie économique et sociale, sur fond de ras-le-bol de la population.

"On habille l'indécision par un semblant de concertation, mais la réalité, c'est l'hésitation du chef de l'Etat vis-à-vis de nouvelles restrictions, alors qu'on sait depuis 15 jours que c'est inéluctable", estime le sénateur Bernard Jomier (PS), président de la mission d'information Covid-19. "Ce retard ne sera pas indolore, nous le paierons", ajoute-t-il à l'AFP.

"S'il faut prendre la décision, il faut la prendre", juge aussi le président du Sénat Gérard Larcher (LR), tout en se disant "inquiet du rejet".

Le risque d'une troisième vague plane alors que la pression sur le système de soins est déjà élevée, avec 27.128 malades du Covid-19 hospitalisés, pas loin des pics de la première et de la deuxième vagues (32.000 et 33.000). Parmi eux, 3.101 patients se trouvaient en réanimation jeudi, un chiffre inférieur aux pics des précédentes vagues (4.900 à l'automne, 7.000 au printemps).

La situation est plus difficile dans certaines régions, comme en Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA), où six transferts de malades ont eu lieu cette semaine vers d'autres territoires, notamment en Bretagne et en Occitanie, pour soulager les hôpitaux.

Le rythme des décès ne décroît pas, avec 348 morts à l'hôpital jeudi, portant à 74.800 le bilan total depuis le début de l'épidémie.

- moins de vaccinés -

Comme les autres pays européens, la France doit aussi faire face à une baisse des livraisons espérées de vaccins, aussi bien de la part de Pfizer/BioNTech que de Moderna ou d'AstraZeneca.

Résultat, le gouvernement prévoit qu'en février seulement un million de personnes recevront la première des deux injections nécessaires, après plus d'1,4 million en janvier.

S'ajouteront 1,4 million de deuxièmes injections, mais cette prévision est très inférieure au chiffre de 4 millions de personnes vaccinées fin février, récemment évoqué par le ministre de la Santé.

Alors que la vaccination est ouverte notamment dans les Ehpad, pour les professionnels de santé de plus de 50 ans ou fragiles, cinq millions de plus de 75 ans, plusieurs régions ont dû reporter des milliers de rendez-vous pour une première injection, à cause de baisses d'approvisionnement.

La suite de la campagne va aussi dépendre des détails de l'autorisation de mise sur le marché du vaccin AstraZeneca, qui a l'avantage d'être plus facilement conservé et transporté que ceux de Pfizer et Moderna, mais dont l'efficacité sur les personnes âgées a été mise en cause, notamment par la commission de vaccination allemande, qui l'a déconseillé pour les plus de 65 ans.

Vendredi, l'Agence européenne du médicament (EMA) a donné son feu vert pour les plus de 18 ans, tout en indiquant qu'il n'y avait "pas encore assez de résultats chez les participants" de plus de 55 ans pour calculer l'efficacité du vaccin sur ce groupe, mais qu'"une protection était attendue" car une réponse immunitaire a été identifiée.

Si la Haute autorité de santé (HAS) en France a des réticences, "on peut être amené à une intensification de la vaccination d'autres publics", a expliqué à l'AFP le ministère de la Santé.

Dans tous les cas, il faudra faire, au mieux, avec 4,6 millions de doses de ce vaccin d'ici à la fin mars, soit moitié moins qu'attendu auparavant.