Lundi 22 mars 2021

Covid-19 : la pression sur les réas en France continue, le doute est déjà là

Par Andréa BAMBINO

AFP - Anne-Christine POUJOULAT

Après un premier week-end "confiné à l'air libre" pour une partie de la France, et un carnaval qui fait polémique à Marseille, la pression continue d'augmenter sur les services de réanimation et des médecins se font peu d'illusion sur une baisse de l'épidémie de Covid-19 à court terme.

En règle générale, ce n'est qu'au bout de quinze jours que de nouvelles mesures sanitaires peuvent faire baisser les entrées de malades infectés par le coronavirus à l'hôpital.

Mais certains médecins doutent même que la nouvelle et complexe panoplie de restrictions mise en oeuvre ce week-end pour environ 21 millions d'habitants dans seize départements en région parisienne, dans les Hauts-de-France, en Normandie et dans les Alpes-Maritimes, change quelque chose.

"Le fait que les gens soient dehors ne m'inquiète pas (...), le problème c'est que les points sur lesquels on aurait dû freiner ne sont pas là", a expliqué, sur LCI, l'épidémiologiste et chef du service parasitologie à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, Renaud Piarroux, en citant notamment "tout ce qui est lié au travail".

"Il ne faut pas rêver, on ne va pas avoir une baisse de l'épidémie rapide et permettant de respirer rapidement", a-t-il ajouté.

- 29.000 cas par jour -

"Les dernières mesures ne seront pas efficaces. Elle ne sont que des recommandations (télétravail, gestes barrières, isolement...) et surtout, la situation est hors de contrôle et la vaccination est trop lente", a prévenu de son côté, sur Twitter, Gilbert Deray, médecin spécialisé en néphrologie à la "Pitié".

Avec encore 30.581 nouveaux cas de Covid-19 comptabilisés dimanche par Santé publique France, la moyenne de la semaine passée s'élève à plus de 29.000 cas par jour, contre 23.900 la semaine précédente.

Dimanche, plus de 4.400 patients atteints par le virus étaient soignés dans des services de réanimation, un chiffre qui continue de progresser et se rapproche du pic de la seconde vague de l'automne (4.900), mais l'Ile-de-France, les Hauts-de-France et la région Provence Alpes-Côte d'Azur sont déjà saturés. En région parisienne, ce pic de la seconde vague avait déjà été atteint lundi dernier, avec 1.152 patients. Sept jours plus tard, le chiffre a encore augmenté, avec 1.295 malades.

"Rea Covid : pleine, Réa non-Covid : pleine, Unité intermédiaire Covid : pleine, Lits réa Covid dispo dans le 93 (Seine-Saint-Denis): 0", a témoigné, sur Twitter, Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Avicenne (Bobigny).

Face aux critiques sur des mesures sanitaires qui seraient insuffisantes, le gouvernement et la majorité affichent le souci de préserver la santé mentale de la population, un thème à l'ordre du jour d'une réunion à Matignon, plus de deux mois après l'entrée en vigueur du couvre-feu à 18H (désormais à 19H) et bientôt cinq mois après la fermeture des bars, restaurants, lieux culturels et des universités, où les étudiants n'ont pu revenir qu'au compte-gouttes.

- "Pas chez soi" -

"Le choix qui a été fait, c'est de permettre aux gens de vivre le plus normalement possible tout en leur demandant des efforts supplémentaires pendant que la campagne de vaccination accélère", a défendu de son côté sur Radio J le député Laurent Saint-Martin, tête de liste LREM aux élections régionales en Ile-de-France, en rappelant le nouveau mot d'ordre : "on n'invite pas chez soi".

"Le tout c’est d'être dehors mais pas agglutinés", a aussi résumé, sur BFM-TV, le chef du pôle gériatrie du CHU de Nice et membre du conseil scientifique, Olivier Guérin, au lendemain du carnaval non autorisé à Marseille, qui a réuni environ 6.500 personnes, majoritairement jeunes et sans masques.

Un rassemblement "totalement inacceptable", a tonné lundi matin la porte-parole du ministère de l'Intérieur, qui a fait état de neuf interpellations et de plusieurs "dizaines de verbalisations".

Si la vaccination représente la seule issue à la crise sanitaire, ce n'est pas à court terme. "D'ici mai ou juin, on attend une réduction de 50% des hospitalisations par rapport à une situation sans vaccin. Mais tout dépend du contrôle de l'épidémie: diviser par deux, c'est très bien, mais ça ne nous mènera pas loin si les courbes s'envolent!", avait expliqué dimanche un autre membre du conseil scientifique, Arnaud Fontanet, qui prévoit un "impact réel" à "l'été".

La campagne a permis de faire baisser drastiquement les morts en Ehpad, mais près de 2.000 personnes infectées par le Covid-19 sont encore décédées la semaine dernière, portant le total en France à plus de 92.000 morts.