Mercredi 31 mars 2021

Covid-19: Macron tranche et s'explique face à la 3e vague qui monte

Par Laurence BENHAMOU, Jérôme RIVET

POOL/AFP/Archives - BENOIT TESSIER

Fermer les écoles en avançant les vacances? Étendre les mesures de freinage à d'autres départements? Ou bien "pousser les murs" des hôpitaux en attendant l'impact des vaccinations? Face à la gronde sur sa stratégie anti-Covid avec plus de 5.000 patients "en soins critiques", Emmanuel Macron prendra la parole mercredi à 20H00 pour énoncer ses choix.

Une nouvelle fois, les Français sont suspendus aux arbitrages rendus par le chef de l'Etat avec les ministres les plus concernés lors du Conseil de défense à l'Elysée, avant de les présenter lui-même lors d'une nouvelle allocution télévisée, la première depuis les traditionnels voeux du 31 décembre.

Rappelant l'intervention du 24 novembre en pleine deuxième vague, cette allocution présidentielle est annonciatrice de mesures de grande ampleur, comme depuis le début de la crise il y a un an.

Autre signe de l'importance de ces annonces, Jean Castex prononcera jeudi une déclaration, qui sera suivie d'un débat et d'un vote devant les deux chambres du parlement, "sur l'évolution de la situation sanitaire et les mesures nécessaires pour y répondre".

Pour se décider, Emmanuel Macron tiendra compte des dernières données épidémiques, sans pouvoir réellement évaluer encore l'effet du confinement hybride mis en place il y a 13 jours dans 16, puis 19, départements, dont ceux de l'Ile-de-France et des Hauts-de-France, et qui concerne un tiers de la population.

La tendance reste inquiétante avec une hausse des chiffres mettant l'hôpital sous une très forte tension. Le nombre de malades en réanimation a grimpé à 5.072, au-delà des capacités hospitalières normales et du pic de la deuxième vague de novembre.

En comptant les malades du Covid et les autres, près de neuf lits de réanimation sur 10 (6.833 sur 7.665 à la date du 26 mars) sont actuellement occupés, selon le ministère de la Santé qui précise que "la montée en charge des capacités se poursuit dans toutes les régions".

Cette dégradation n'a fait qu'accentuer la pression sur le chef de l'Etat, pressé par de nombreux médecins, mais aussi l'opposition, de prendre des mesures plus efficaces, voire un confinement strict qu'Emmanuel Macron refuse.

L'image d'un chef de l'Etat tranchant seul a été confortée par son refus de tout "mea culpa" pour ne pas avoir reconfiné fin janvier, contre l'avis des scientifiques.

Faute de mesures rapides, des médecins et des responsables hospitaliers ont averti du risque de devoir "trier" les malades faute de lits. Un scénario "impossible" pour le ministre de la Santé Olivier Véran, qui a réaffirmé mardi: "nous ne laisserons pas saturer les hôpitaux, nous ne laisserons pas les médecins devoir trier des malades".

- Fermeture des écoles? -

De plus en plus de voix s'élèvent pour la fermeture des écoles ou l'allongement des vacances scolaires, ce que le chef de l'Etat et le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer n'ont dit vouloir prendre qu'en dernier recours.

La proposition d'avancer à ce week-end les vacances de printemps prévues à partir du 10 avril, pour fermer les écoles plus longtemps, est regardée de près à l'Elysée, selon un conseiller.

"Je regrette que cette proposition, que j'ai mise en débat il y a huit jours, n'ait pas pu être retenue plutôt", "pour que les parents, les familles puissent s'organiser", a déploré par avance la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse sur LCI.

La maire de Paris Anne Hidalgo a demandé mercredi la fermeture des écoles dans la capitale, au vu de la situation sanitaire "très grave" et de la "désorganisation très grande" dans les établissements.

Les écoles sont un "des lieux majeurs de la contamination", estime le Pr Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale de l'université de Genève, qui préconise leur fermeture dans le cadre d'un confinement "strict".

Parmi les paramètres de l'équation, l'acceptabilité de nouvelles restrictions compte beaucoup pour l'exécutif, face à une population de plus en plus rétive.

- "Aucune vision" -

Plus que jamais, Emmanuel Macron compte sur une arrivée massive de vaccins en avril pour surmonter la crise, en suivant l'exemple du Royaume-Uni qui commence à entrevoir le bout du tunnel.

Il pourrait annoncer une extension de la vaccination à des professions exposées comme les enseignants ou les policiers.

La lenteur de la vaccination est l'un des principaux griefs de l'opposition vis-à-vis d'Emmanuel Macron, un "roi thaumaturge" pour Olivier Faure ( PS), n'ayant "aucune vision", selon Marine le Pen (RN) et qui se "comporte de manière totalement irresponsable", selon Jean-Luc Mélenchon (LFI).

Quelque 8,2 millions de premières doses et 2,8 millions de secondes ont été jusqu'à présent injectées en France.

Illustration de l'impact social de la crise, des produits de première nécessité (lait, couches et petits-pots) vont être distribués d'ici l'été à 50.000 tout-petits dont la situation de précarité des parents a été fortement dégradée par le Covid-19, a annoncé mercredi le secrétariat d'Etat à l'Enfance.