Mardi 16 février 2021

Covid-19: toujours pas d'explosion, toujours pas de certitude

Par Paul RICARD

Un mois après la généralisation du couvre-feu à 18H00 et plus de deux semaines après la décision de ne pas reconfiner, l'explosion des cas de Covid-19 redoutée à cause des variants n'a toujours pas eu lieu, mais la plupart des spécialistes appellent à la prudence.

"On s'attendait à ce que l'explosion soit plus rapide", a concédé mardi sur BFMTV Pascal Crépey, épidémiologiste à l'Ecole des Hautes études en Santé publique (EHESP).

"Mais en janvier, on projetait que le variant anglais serait dominant en mars. On n'est pas encore totalement dans l'erreur", a-t-il nuancé.

Sur les sept derniers jours, le nombre de nouveaux cas quotidiens en France est de 18.000 en moyenne. Ce nombre est stable, voire a tendance à baisser par rapport aux semaines précédentes, puisque le même calcul effectué le 2 février donnait une moyenne de 20.000 cas par jour.

Le nombre de malades hospitalisés pour le Covid se maintient autour de 26.000 (26.195), et celui des patients en réa autour de 3.000 (3.358, selon les dernières données mardi).

"Pour l'instant, malgré la plus grande contagiosité" des variants, "il y a un contrôle de l'épidémie", grâce aux mesures-barrières et à la politique de tests et d'isolement, a estimé l'épidémiologiste belge Yves Coppieters sur BFMTV.

Tout en appelant à ne "pas relâcher l'effort", il a jugé que l'arrivée des variants avait pu donner lieu dans "tous les pays européens" à un "excès de pessimisme" et une "anxiété trop importante".

"J'espère qu'au final on se sera trompé" car cela voudra dire que l'impact du couvre-feu à 18H00, généralisé dans toute la France le 16 janvier, aura été plus fort qu'estimé, a renchéri Pascal Crépey.

- "Lame sous-jacente" -

"Mais la proportion (de variants dans l'ensemble des cas) continue d'augmenter", ce qui peut être le signe d'une "lame de fond sous-jacente qui va malheureusement émerger à un moment où à un autre", a prévenu l'épidémiologiste.

De fait, les autorités sanitaires se préparent à une nouvelle vague épidémique: les établissements de santé doivent activer "a minima" leur "plan de mobilisation interne", premier niveau du "plan blanc", d'ici jeudi, selon une circulaire du ministère de la Santé consultée lundi soir par l'AFP.

Au sein de l'exécutif, on s'inquiète de la montée en puissance du variant anglais, qui pourrait conduire à un mois de mars "difficile".

"On est dans une période transitoire", glisse un ministre, pour qui la marge de manoeuvre équivaut à un "trou de souris".

En effet, "la souche historique du SARS-CoV-2 décroît alors que la progression du variant britannique s'intensifie", ont constaté des chercheurs de l'Inserm dans une nouvelle étude.

Selon leurs modélisations, ce variant "pourrait devenir dominant d'ici la fin du mois de février ou le début du mois de mars", a indiqué l'Inserm.

Dirigés par l'épidémiologiste Vittoria Colizza, ces chercheurs s'attendent donc à une "résurgence des cas" due à "la diffusion des variants".

"Un possible ralentissement lié aux vacances scolaires, avec des mesures de distanciation sociale plus contraignantes, ainsi que le renforcement du dispositif tracer-tester-isoler permettrait de gagner du temps supplémentaire", estiment-ils.

Certaines régions suscitent des craintes particulières. A Dunkerque, une campagne "exceptionnelle" de dépistage va être organisée et 2.400 doses de vaccin supplémentaires allouées face à l'aggravation de la situation sanitaire, attribuée à la forte circulation du variant anglais.

Et en Moselle, c'est le variant sud-africain qui continue à inquiéter, même si aucune nouvelle restriction n'a été imposée.

"Le contact tracing (...) permet de gérer les chaînes de contamination avec efficacité et la situation est restée sous contrôle, raison pour laquelle il n'a pas été proposé de mesure type confinement supplémentaire", a déclaré le ministre de la Santé, Olivier Véran, mardi lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

- Séquençage -

Pour tenter de mieux cerner la progression des variants, des spécialistes réclament un effort sur le séquençage génétique qui permet de les repérer.

"Il faut séquencer urgemment (...). On est capable de faire aussi bien qu'en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis", a déclaré à l'AFP le généticien lillois Philippe Froguel.

Les incertitudes sur la suite de l'épidémie sont donc loin d'être levées, et, signe d'un provisoire qui dure, la loi prolongeant l'état d'urgence sanitaire a été publiée mardi au Journal officiel.

Malgré tout, certains secteurs commencent à envisager l'avenir, après de longs mois de fermeture.

La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, s'est ainsi dite "optimiste pour les festivals et spectacles assis", lundi soir sur LCI. "Pour les spectacles debout, c'est plus compliqué", a-t-elle ajouté, en indiquant que si les conditions sanitaires le permettaient, des concerts-tests auraient lieu à Marseille et Paris en mars et avril.

En attendant, la course à la vaccination se poursuit. Un peu plus de 3,1 millions de personnes ont reçu au moins une injection, dont 815.000 ont eu leurs deux doses. Et le nombre de rendez-vous connaît "une accélération ces derniers jours", a affirmé mardi la plateforme Doctolib.