Lundi 15 mars 2021

Covid: l'Ile-de-France "en sursis", entre transferts de malades et menace de confinement

Par Andréa BAMBINO

AFP/Archives - Fred TANNEAU

"En sursis", bientôt "hors de contrôle": l'exécutif compte sur les transferts de malades pour soulager les hôpitaux d'Ile-de-France saturés par le Covid-19, mais il devra aussi trancher rapidement sur un possible reconfinement de la région parisienne.

Avec six évacuations quotidiennes par voie aérienne à partir de lundi, puis une "opération plus massive" par TGV médicalisés en fin de semaine, selon le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, les autorités sanitaires estiment à une centaine au total les transferts de patients soignés en services de réanimation de l'Ile-de-France vers d'autres régions d'ici la semaine prochaine.

L'opération doit permettre d'atténuer la charge que subissent les soignants des hôpitaux franciliens, où le total des capacités initiales a été atteint avec plus de 1.100 malades du Covid-19 en réa dimanche. Au niveau national, il y avait ce week-end plus de 4.100 patients dans ces services de soins réservés aux cas les plus graves, encore sous le pic de la 2e vague de l'automne (4.900).

"L'Île-de-France est clairement en sursis" car "le variant anglais (du virus), majoritaire, n'est pas seulement plus contagieux, il est aussi plus mortel", et "nos capacités de réanimation sont saturées", a exposé sur France 2 la présidente de la région, Valérie Pécresse, disant ne pas s'opposer à des mesures "justifiées, si elles sont proportionnées et accompagnées".

"Il n'y a que deux traitements qui sont connus comme efficaces aujourd'hui contre l'épidémie, le confinement et la vaccination. Et la vaccination n'aura des effets que dans plusieurs mois alors que là, on raisonne en terme de semaines", a ajouté sur France Inter le directeur médical de crise de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Bruno Riou. Plus de 5 millions de personnes ont reçu au moins une dose de vaccin, dont 2,2 millions ont été vaccinées avec deux doses.

Le vaccin AstraZeneca, suspendu par plusieurs pays européens, n'en finit pas d'accumuler les déconvenues: les pompiers des Bouches-du-Rhône ont suspendu lundi son utilisation sur leur personnel après des effets indésirables.

- "Marre" -

Pour Bruno Riou, les transferts de malades ne sont qu'"une soupape de soulagement" et si la situation "n'est pas encore hors de contrôle", "elle va l'être". Le virus circule toujours activement en région parisienne, où le taux d'incidence grimpait, au 11 mars, à 391 nouveaux cas pour 100.000 habitants sur sept jours, contre 348 une semaine plus tôt. Trois départements d'Ile-de-France (Seine-Saint-Denis, Val d'Oise, Val-de-Marne) dépassent désormais le taux d'incidence du Pas-de-Calais, où des confinements le week-end sont en vigueur.

Sans exclure une solution de ce type pour la région parisienne, Jean Castex a répété dimanche, sur le réseau Twitch, qu'"il faut qu'on utilise toutes les armes à notre disposition pour l'éviter", car les Français "en ont marre". Le Premier ministre s'exprimera aussi mardi soir sur BFMTV, à la veille d'un nouveau conseil de défense sanitaire à l'Elysée.

Malgré un contexte sanitaire très tendu, le gouvernement veut tenter de se projeter à plus long terme en discutant lundi avec les partenaires sociaux de la "sortie de crise". Au menu notamment le "débranchement progressif des aides" à l'économie.

Un an après le premier confinement, le Covid-19 pèse toujours lourdement sur les vies quotidiennes: couvre-feu à 18h en métropole, restaurants, bars, lieux culturels et salles de sport privées fermées, étudiants accueillis au compte-gouttes dans les universités.

"J'entends beaucoup dire qu'une semaine sans confinement est une semaine gagnée (...) pour moi c'est une semaine perdue", a déclaré, en allusion à la stratégie de l'exécutif, le professeur Riou, en pointant les "conséquences considérables", notamment en termes de décès, de séquelles pour les malades ou de déprogrammations d'autres soins.

La semaine dernière, l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France avait donné l'"ordre ferme" aux hôpitaux et cliniques de déprogrammer 40% de leurs activités médicales et chirurgicales.

Au niveau national, après un tassement du nombre de cas détectés durant la première semaine du mois de mars, ils sont repartis à la hausse : 115.270 personnes ont été testées positives entre lundi et jeudi derniers, contre 103.747 les mêmes jours de la semaine précédente.

La semaine dernière, 1.855 malades atteints du Covid-19 sont décédés à l'hôpital ou en Ehpad, pour un total depuis le début de l'épidémie de 90.429 morts.