Vendredi 12 mars 2021

Des César pour un monde du cinéma en plein désarroi

Par Francois BECKER

AFP/Archives - LOIC VENANCE

Les César prennent un nouveau départ avec une 46e cérémonie sous haute surveillance sanitaire, l'opportunité pour le 7e art de crier son désarroi face à la fermeture des salles.

Roschdy Zem présidera cette édition aux allures de crash-test pour l'Académie, et Marina Foïs en sera la maîtresse de cérémonie, diffusée en direct sur Canal +.

Ce ne sera "pas une soirée pour chouiner", a promis celle qui est épaulée à l'écriture par Blanche Gardin et Laurent Lafitte, pleine d'ironie : "c'est quand même aux enterrements que l'on rit le plus".

Crise sanitaire oblige, le rare public --moins de 200 nominés et remettants de prix--, qui prendra place dans la salle de l'Olympia, aura été testé deux fois et devra respecter un protocole minutieux.

La ministre de la Culture Roselyne Bachelot compte se rendre à l'Olympia mais pas dans la salle, en raison des règles sanitaires "très strictes", a indiqué son entourage à l'AFP.

Elle pourra prendre en direct le pouls d'une profession excédée, un an après les premières fermetures de salles, et alors que les occupations de théâtres se multiplient.

Tous les maillons de la production française se disent au bord du gouffre, et des centaines de films sont en souffrance, privés de sortie.

Côté stars, la cérémonie qui a réuni l'an dernier plus de 2 millions de téléspectateurs, alignera comme remettants Isabelle Huppert, Valérie Lemercier ou encore Vincent Dedienne.

Mais a priori pas Adèle Haenel, un an après le départ fracassant de l'actrice de "Portrait de la jeune fille en feu" en pleine cérémonie, pour dénoncer le sacre de Roman Polanski, cinéaste qui fait face à des accusations de viol, récompensé pour "J'accuse".

Elle s'est vu proposer de remettre un César, mais a décliné "comme plein d'autres, pour des raisons qui lui appartiennent", selon Marina Foïs.

- Un trio en tête -

Côté récompenses 2021, outre un César anniversaire à la troupe du Splendid (Christian Clavier, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte, Michel Blanc, Josiane Balasko...) auteurs des "Bronzés" et du "Père Noël est une ordure", un trio de films fait la course en tête.

Grand favori avec 13 nominations, "Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait" d'Emmanuel Mouret, inlassable explorateur du sentiment amoureux, peut espérer, outre le titre de meilleur film, celui de meilleure actrice (Camélia Jordana) et de meilleur acteur (Niels Schneider).

Sont également bien placés "Eté 85" de François Ozon, cinéaste souvent nommé et jamais récompensé, ainsi qu'"Adieu les Cons" d'Albert Dupontel, à la réalisation et à l'interprétation, avec Virginie Efira, en lice pour le César de la meilleure actrice.

Dans toutes les catégories, des valeurs montantes (la réalisatrice Caroline Vignal et l'actrice Laure Calamy pour "Antoinette dans les Cévennes", l'acteur Jonathan Cohen dans "Enorme") côtoient de plus vieux routards du cinéma (l'acteur Lambert Wilson pour "De Gaulle", ou l'actrice Barbara Sukowa pour "Deux", primée à Cannes il y a 35 ans)...

La sélection était limitée cette année, car seuls les films sortis en salle en 2020, passés entre les gouttes des confinements, pouvaient concourir.

- Atteindre la parité -

Mais l'essentiel ne sera pas forcément là: les César doivent prouver qu'ils ont fait leur mue après une crise historique l'an dernier. Sur fond de polémique autour de Roman Polanski, l'Académie, accusée d'entre-soi et d'opacité, avait vu sa direction démissionner deux semaines avant la cérémonie.

Les César ont depuis été revus de fond en comble, avec des processus plus transparents et démocratiques, sous l'égide d'une nouvelle direction, confiée à Véronique Cayla (ancienne présidente d'Arte) et au réalisateur Eric Toledano.

Mais du travail reste à faire, notamment pour atteindre la parité dans le collège des votants.

Niveau prix, le renouveau risque de se faire encore attendre: côté parité une seule femme est nommée dans la catégorie reine du "meilleur film", Caroline Vignal, tout comme pour la "meilleure réalisation" (Maïwenn pour son film "ADN").

Quant à la diversité, notamment ethnique, un autre sujet brûlant, elle risque d'être moins présente que l'an dernier, lorsque les "Misérables" de Ladj Ly avait été sacré meilleur film.