Lundi 08 mars 2021

Droits des femmes: les "premières de corvées" appelées à "la grève de tout"

Par Sandra BIFFOT-LACUT, Ambre TOSUNOGLU

"Quand les femmes s'arrêtent, tout s'arrête!": les femmes, "premières de corvées" dans la crise sanitaire, sont appelées à faire "grève de tout" et à manifester lundi, journée de lutte pour leurs droits, après un week-end déjà marqué par des mobilisations.

Écarts de salaires, discriminations, violences sexuelles et sexistes renforcées avec la crise du Covid-19 et les confinements... "On arrête toutes lundi", a lancé dimanche à Paris Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes.

Plusieurs centaines voire milliers de personnes, essentiellement des femmes comme à Paris, se sont également mobilisées samedi à Nice, Lille et Strasbourg, et dimanche à Lyon, Marseille, Montpellier, Toulouse ou encore Bastia.

Pour la journée internationale des droits des femmes, date symbolique officialisée en 1977 par l'ONU, une quarantaine d'organisations ont lancé un mouvement unitaire baptisé "Grève féministe" pour "mettre fin aux discriminations et aux violences sexistes et sexuelles" subies par celles qu'elles ont rebaptisées les "premières de corvées".

Symboliquement, un clitoris géant haut de cinq mètres a été érigé place du Trocadéro dans l'axe de la célèbre Tour Eiffel par Simone Media (Prisma Media) et Gang du Clito.

De nouveaux rassemblements sont prévus dans toute la France. A Paris, une manifestation s'élance de Port-Royal pour rejoindre la place de la République, en début d'après-midi. Des préavis de grève ont été déposés dans l'Éducation nationale, le rail, l'énergie ou encore à La Poste.

Les militantes appellent les femmes à s'arrêter à 15h40, heure théorique où elles cessent d'être rémunérées compte tenu de l'écart moyen de salaire avec les hommes, tous contrats confondus (environ 25%).

Dans un rare communiqué commun, sept des huit grandes organisations syndicales ont réclamé l'ouverture de négociations pour "revaloriser les salaires des métiers à prédominance féminine".

- "Inexplicable" -

"Il est absolument anormal, je n'ose dire scandaleux, qu'à travail égal, même si des progrès ont été accomplis, le salaire ne soit pas encore égal. C'est inexplicable", a estimé le Premier ministre, à la remise des prix "1.000 possibles" lundi.

En vertu de cette opération lancée par le gouvernement et qui veut "donner confiance à toutes les femmes", toutes les petites filles qui naîtront ce 8 mars devraient recevoir la lettre d'une personnalité féminine "inspirante" (dont la créatrice Agnès B, les chanteuses Pomme et Nolwenn Leroy, la militante Latifa Ibn Ziaten).

Jean Castex a assuré avoir deux priorités sur ce sujet, "la lutte contre les violences faites aux femmes" et "la mise en œuvre de la réforme du versement des pensions alimentaires".

Côté monde économique, la ministre déléguée à l'Égalité femmes-hommes s'est dite, dimanche, favorable à des "quotas" de femmes dans les comités de direction des entreprises.

"Les femmes peuvent être méritantes, talentueuses, mais on ne les laisse pas arriver aux postes qu'elles méritent", a relevé Élisabeth Moreno.

Le sujet devrait être évoqué lors de l'examen de la proposition de loi visant à "accélérer l'égalité économique et professionnelle", déposée lundi par les députés LREM.

Les résultats de l'index de l'égalité femmes/hommes dans les entreprises, publiés lundi, indiquent que cette année, 70% des entreprises de plus de 50 salariés ont publié leur note contre 59% l'année dernière.

Mais si, en dépit de la crise, "les entreprises ont été au rendez-vous", cela "progresse insuffisamment", a commenté la ministre du Travail lundi sur RTL. Seulement 2% d'entre elles obtiennent la note de 100. "98% ont des marges de progrès", a souligné Élisabeth Borne, citant "parmi les bons élèves" les enseignes Brioche Dorée, Nicolas et la Française des Jeux, tandis que Monsieur Bricolage, Havas Voyages et Foncia sont parmi les plus mal notés.

Présentant Emmanuel Macron comme le seul président de la Ve République, avec Valéry Giscard d'Estaing, à s'être saisi de la question de l'égalité entre les femmes et les hommes "avec autant de force et de vigueur", Mme Moreno a néanmoins concédé lui avoir reproché de ne pas donner "l'exemple": son cabinet ne compte qu'une femme parmi ses 13 plus proches collaborateurs.

bur-ls-jlo-bat/lum/caz