Vendredi 12 février 2021

Face aux variants, l'hypothèse de restrictions localisées resurgit

Par Amélie BOTTOLLIER-DEPOIS

L'émergence plus rapide des variants du coronavirus dans certaines régions relance l'hypothèse de mesures restrictives localisées, avec en première ligne la Moselle qui fait face à une situation "inquiétante".

Le ministre de la Santé Olivier Véran, assurant être "prêt à agir si nécessaire" dans un "territoire qui a déjà payé un lourd tribut à la pandémie" de Covid-19, rencontrait vendredi après-midi à Metz les responsables locaux, partagés sur les mesures à prendre.

Dès l'annonce jeudi soir de l'identification ces quatre derniers jours de plus de 300 cas suspectés d'être des variants sud-africain ou brésilien dans le département, le maire (LR) de Metz François Grosdidier s'est prononcé pour un reconfinement au niveau local.

"Je ne suis pas convaincu que le confinement total (dans le département, ndlr) donne des résultats définitifs", a contesté vendredi sur BFMTV le président (UDI) du conseil départemental, Patrick Weiten.

"Il y a différentes options" sur la table, a-t-il noté. "La première proposition est de fermer les écoles à partir de ce soir, élémentaires, collèges et lycées (...). La deuxième disposition est de mettre en place un couvre-feu le week-end, samedi vers 16h et dimanche".

Le "monsieur vaccin" nommé par le gouvernement, Alain Fisher, a lui noté qu'il fallait être prudent sur l'interprétation des chiffres. "Les conséquences ne sont pas du tout les mêmes s'il s'agit d'un rééquilibrage dans la compétition entre les variants (sans que ça s'accompagne d'un excès de cas, ndlr), ou d'une poussée de la maladie", a-t-il indiqué sur franceinfo.

- Une seule dose pour les anciens malades -

Au-delà de la présence de ces deux variants estimés plus contagieux, la Moselle est également l'un des départements métropolitains avec le taux d'incidence le plus élevé (290 cas positifs pour 100.000 habitants entre le 2 et le 8 février, contre une moyenne de 201 pour la France).

Face à la situation épidémique qui demeure fragile sur le territoire français, avec une pression hospitalière qui se maintient à un niveau élevé (plus de 27.000 malades du Covid hospitalisés, dont plus de 3.300 en réanimation), la vaccination reste toujours l'espoir de sortir d'une crise qui a fait plus de 80.000 morts en France. Mais le chemin est encore long: 2.135.333 personnes ont reçu au moins une dose de vaccin, dont 535.775, deux doses.

Dans un contexte de pénurie de vaccins, la Haute autorité de santé (HAS) a recommandé vendredi de n'administrer qu'une seule dose de vaccin pour les personnes ayant déjà eu le Covid. Une première dans le monde qui devra encore recevoir l'aval du gouvernement.

Dans ces circonstances, le gouvernement tente toujours d'éviter un reconfinement généralisé, alors que les craintes des experts sur une explosion des cas au niveau national liée à la propagation des variants ne se sont pas concrétisées à ce stade.

- "Je ne comprends pas -

"On pourrait penser que cette histoire de variant anglais allait entraîner une explosion mais ce n'est pas du tout ce qu'on voit", s'est étonnée sur LCI l'épidémiologiste Catherine Hill.

"Les arrivées en réanimation sont très constantes, les arrivées à l'hôpital descendent un tout petit peu et le nombre de morts qui augmentait régulièrement redescend. Je ne comprends pas ce qu'il se passe", a-t-elle ajouté.

Selon le ministre de la Santé, le variant britannique représenterait désormais entre un cas sur cinq et un cas sur quatre. Quant aux variants sud-africain et brésilien, leur proportion serait de 4 à 5%, mais avec une répartition "très hétérogène".

"S'il y a des mesures à prendre au niveau local, elles seront prises", a prévenu vendredi sur Europe 1 le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

Mais après deux semaines de mesures renforcées --restrictions des voyage à l'étranger et fermeture des centres commerciaux de plus de 20.000 m2, qui s'ajoutent au couvre-feu et aux fermetures des lieux culturels notamment-- "on commence à en voir les effets", a-t-il assuré.

"Les mesures de gestion que nous avons mises en place (...) nous ont déjà permis de freiner la diffusion (du variant britannique) et la diffusion du virus en général dans notre pays. Les prochaines semaines nous diront si cela a suffi ou si nous devons nous résigner à prendre des mesures complémentaires de type confinement", a indiqué jeudi soir Olivier Véran.

Côté dépistage, la HAS a donné sans surprise son feu vert jeudi aux tests salivaires pour les personnes sans symptômes, offrant un nouvel outil au gouvernement qui veut les utiliser dans les écoles.

Le ministère de l'Education nationale a fait état vendredi d'un total de 1.599 classes et 103 établissements scolaires fermés en raison de cas de Covid-19, des chiffres en nette hausse par rapport à la semaine dernière après l'instauration de règles plus strictes liées aux variants.