Jeudi 11 février 2021

Islamisme, immigration: Le Pen et Darmanin se mesurent sur le régalien avant 2022

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Laïcité/islamisme, immigration, sécurité... Marine Le Pen et Gérald Darmanin s'affrontent jeudi soir sur France 2 dans un débat vu comme un galop d'essai avant la présidentielle de 2022, sur des sujets régaliens qu'ils connaissent bien et pourraient être au centre du scrutin.

En quête de crédibilité après son débat raté face à Emmanuel Macron en 2017, la candidate du RN apportera pendant 45 minutes la réplique à un ministre de l'Intérieur poids lourd de la majorité, qui se voit reprocher d'aller sur le terrain du RN.

Marine Le Pen, donnée au second tour face à Emmanuel Macron en 2022 selon les sondages, a affûté ses arguments avec les hauts fonctionnaires du mystérieux groupe des Horaces, son numéro deux Jordan Bardella, ou encore l'eurodéputé Jean-Paul Garraud, principal auteur de sa contre-proposition sur le séparatisme.

Elle avait refusé de débattre en septembre avec le Premier ministre Jean Castex, relégué par un proche au rang de "dircab'[directeur de cabinet]" d'Emmanuel Macron, trop technique à ses yeux.

Dans l'entourage du ministre de l'Intérieur, voué à jouer le rôle à distance du président Macron, on souligne qu'il se prépare en étant "à fond dans ses missions" qui "touchent aux sujets du débat", que ce soit pour défendre le projet de loi sur le "séparatisme" en discussion à l'Assemblée nationale, ou pour animer le "Beauvau de la sécurité", concertation inédite sur la police.

Un ministre promet un débat "intense" duquel M. Darmanin se "sortira" parce qu'il est "précis sur les éléments". Il a aussi "appris de ses fautes" après la loi controversée sur la sécurité globale, ajoute un responsable de la majorité, alors que le gouvernement est attaqué sur une mesure contre le séparatisme visant l'instruction en famille.

- "Petit texte" -

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, attend de ce débat "un moment de vérité". "On entend beaucoup le Rassemblement national donner des leçons", mais ses élus "ne sont jamais au rendez-vous pour voter" les textes.

Ce face-à-face est un test pour la candidate de l'extrême droite, qui admet avoir été "trop offensive" dans son débat raté de 2017 et reste attendue sur l'économie.

Mme Le Pen vient cette fois avec une contre-proposition de loi ciblant les "idéologies islamistes" qui sont à ses yeux "partout" et qu'elle entend bannir de toutes les sphères de la société, à commencer par le voile.

Elle entend souligner le "décalage" entre les constats de l'exécutif, qu'elle partage, et le "petit texte de police administrative" présenté par M. Darmanin, dit à l'AFP son conseiller Philippe Olivier.

La cheffe du RN reproche au gouvernement de ne pas "désigner l'ennemi" et assume la "brutalité" de ses propositions, considérant qu'il faut lutter contre l'islamisme, "idéologie totalitaire", "de la même manière" que contre le nazisme.

Et peu importe si son texte est inapplicable "dans le système actuel, puisque Marine Le Pen propose de changer de système", note le spécialiste de l'extrême droite Jean-Yves Camus.

Dans l'hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles paru jeudi, M. Darmanin défend un projet de loi qui garantit, "par la laïcité, la liberté religieuse de chacun", alors que sa majorité est tiraillée entre les tenants d'une "laïcité de combat" et ceux qui ne veulent pas stigmatiser l'islam.

Plus généralement le ministre entend faire valoir que "des réponses républicaines fortes peuvent être apportées" sur le régalien "sans pour autant faire fi de l'Etat de droit comme le propose Marine Le Pen".

- "Séparatisme social" -

Marine Le Pen ne manquera pas de l'attaquer sur l'immigration qui, pour elle, "est le terreau du communautarisme, lui-même terreau du fondamentalisme islamiste", même si elle ne veut plus suspendre les accords de Schengen.

A l'inverse, Gérald Darmanin refuse d'établir un "lien direct" entre immigration et islamisme, étant donné que "les trois quarts" des auteurs des attentats en France sont Français, tout en mettant l'accent sur un durcissement de sa politique migratoire.

Mais l'ancien maire de Tourcoing (Nord) se défend de marcher sur les plates-bandes de l'extrême droite. "Toute sa vie politique a été construite dans le combat contre le Front national" (devenu RN), insiste son entourage.

Invité au même moment sur C8, l'insoumis Jean-Luc Mélenchon veut lui évoquer "ce qui compte davantage" à ses yeux, le "séparatisme social des riches".

L'ancienne ministre LR de la Justice, Rachida Dati, estime qu'"à force d'instrumentaliser un affrontement entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron et de nier l'existence d’une réelle opposition, on va dégoûter les Français" de l'élection présidentielle.