Mardi 30 mars 2021

La lecture recule chez les Français

AFP/Archives - ERIC PIERMONT

La lecture recule chez les Français, avec 14% d'entre eux qui n'ont lu aucun livre en 2020, et 25% qui n'en ont pas acheté de neuf, selon une étude publiée mardi par le Centre national du livre.

"Malgré des dynamiques de marché rassurantes pour le secteur du livre, nous observons une inflexion globale du nombre de lecteurs", a commenté dans un communiqué la présidente de cet établissement public, Régine Hatchondo.

Le CNL déplore "une baisse de la lecture, certainement liée aux contraintes imposées par la crise sanitaire".

L'étude est réalisée tous les deux ans par l'institut Ipsos, et ses résultats traditionnellement publiés avant l'ouverture du salon Livre Paris. Mais cet événement a été annulé pour la deuxième année consécutive en raison de l'épidémie de Covid-19.

D'après le sondage réalisé en janvier auprès de 1.000 personnes de 15 ans et plus, 86% des Français ont lu au moins un livre en 2020, soit 8 points de moins qu'en 2018.

"Les Français ont probablement eu envie de mieux comprendre le monde et de décrypter la crise que nous avons traversée: ils ont lu davantage de livre de reportages et d'actualité (essais, biographies…), mais moins de romans (-7 points) et de livres pratiques (-7 points)", selon le Centre national du livre.

"La baisse de la lecture est tendancielle: elle est constatée depuis une dizaine d'années, en particulier chez les jeunes. Donc elle n'est pas liée qu'à la crise sanitaire", a souligné Mme Hatchondo en présentant les résultats de l'enquête en ligne.

Mais l'année 2020 a été très particulière, avec "la montée des livres dits utilitaires (...) en défaveur du livre plaisir", a-t-elle ajouté.

L'enquête a mis en évidence des conditions peu favorables à la lecture, d'après Ipsos, avec "la contraction du temps" qui peut facilement y être consacré (transports en commun, coucher), l'augmentation du temps consacré aux tâches ménagères, surtout pour les femmes qui sont les plus grandes lectrices, ou encore un "effacement de la frontière entre la vie privée et professionnelle".

Enfin, la crise sanitaire a perturbé le psychisme des Français. "On ne peut pas avoir le même rapport à la lecture qu'avant la pandémie quand on est dans cet état de santé mentale", a souligné Etienne Mercier, directeur du pôle opinion et santé chez Ipsos.

Les sondés sont 75% (-7 points) à avoir acheté au moins un livre neuf, 34% (-7 points) à en avoir acheté d'occasion, et 68% (-9 points) à s'en être fait prêter ou offrir.

Leur point de vente privilégié reste la librairie (80% des acheteurs), devant les grandes surfaces spécialisées (67%), internet (39%) et les supermarchés ou hypermarchés (39%).

De même, 83% des sondés ont lu au moins un livre imprimé, dont environ un quart seulement qui a aussi lu au moins un livre numérique. Seuls 3% des sondés ont lu exclusivement en numérique.

Les Français ne se désintéressent pas du livre, au contraire: ils déclarent souvent qu'ils aimeraient lire plus, étant 51% à citer comme frein le "manque de temps" et 37% la "concurrence des autres loisirs".

"S'ils avaient une journée supplémentaire dans la semaine à consacrer à leurs loisirs, la lecture serait en seconde position des activités qu'ils privilégieraient, après les sorties entre amis", a relevé Mme Hatchondo. Ils sont respectivement 13 et 31% à le dire.