Vendredi 12 février 2021

Le Pen et Darmanin, un débat à fleurets mouchetés, entre "approximations" et déception

Par Anne RENAUT, Tiphaine LE LIBOUX

Marine Le Pen et Gérald Darmanin ont débattu jeudi soir sur France 2 à fleurets mouchetés de l'islamisme et de l'immigration, tombant d'accord par endroits, le ministre de l'Intérieur accusant son adversaire d'"approximations" et la candidate RN fustigeant un texte insuffisant contre l'islamisme.

Ce débat était très attendu à 15 mois de la présidentielle, entre une candidate à l'Elysée désireuse de faire oublier son duel raté face à Emmanuel Macron en 2017, et un poids lourd de la majorité en première ligne sur les textes régaliens de la macronie.

En quête de crédibilité, forte de sondages qui la donnent au second tour face à Emmanuel Macron, la dirigeante d'extrême droite a jugé que le projet de loi du gouvernement sur le séparatisme, "vidé de son sens", l'avait "beaucoup déçue" alors qu'elle se voulait "constructive".

Elle n'a pas exclu de voter le texte mais que cela "dépendrait" de l'examen à l'Assemblée d'une mesure gouvernementale encadrant l'instruction en famille, critiquée de toutes parts. "Je ne veux pas d’un Etat qui s’ingère dans la liberté des familles" et des religions, a-t-elle dit.

- "Vous êtes très approximative" -

Mme Le Pen était venue avec une contre-proposition de loi ciblant les "idéologies islamistes" qui sont à ses yeux "partout" et qu'elle entend bannir de toutes les sphères de la société, à commencer par le voile.

"Vous êtes très approximative (...) vous dites beaucoup de choses qui ne sont pas la vérité ou qui ne sont pas le texte, qui ne sont pas le droit", a accusé pour sa part le ministre de l'Intérieur, qui jouait par procuration le rôle du chef de l'Etat.

Gérald Darmanin lui a reproché de "ne pas voter les textes" comme la loi antiterroriste de 2017, qui permet notamment la fermeture de lieux de culte. "Madame Le Pen dans sa stratégie de dédiabolisation vient à être quasiment un peu dans la mollesse, il faut prendre des vitamines!" a-t-il ironisé.

En l’occurrence la cheffe du RN s'est trompée sur les chiffres de l'immigration, sujet fétiche de son parti. Gérald Darmanin l'a encore accusée "d'approximation" sur l'immigration, Marine Le Pen évoquant le chiffre de 471.000 titres de séjour accordés en 2019, alors que le ministre lui a assuré que le chiffre était de 277.000.

Quand la cheffe du RN a souhaité un référendum pour demander aux Français "s'ils souhaitent qu'on supprime le droit du sol, c'est-à-dire l'acquisition quasi automatique de la nationalité", le ministre a répondu que "ce n'était pas vrai".

"Chacun constatera que vous avez dit absolument n'importe quoi sur absolument tous les sujets ce soir" et "il faut travailler pour le prochain débat présidentiel", a-t-il conclu.

Interrogée pour savoir si elle avait l'impression d'avoir mieux fait qu'en 2017, Marine Le Pen a répondu qu'"on ne peut pas comparer des débats qui n'ont rien de comparable".

- Un test pour Marine Le Pen -

Marine Le Pen avait refusé de débattre en septembre avec le Premier ministre Jean Castex, relégué par un proche au rang de "dircab'[directeur de cabinet]" d'Emmanuel Macron, trop technique à ses yeux.

Ce face-à-face était un test pour la candidate de l'extrême droite, qui admet avoir été "trop offensive" dans son débat raté de 2017 et reste attendue sur l'économie.

Dans l'hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles paru jeudi, M. Darmanin avait défendu un projet de loi qui garantit, "par la laïcité, la liberté religieuse de chacun", alors que sa majorité est tiraillée entre les tenants d'une "laïcité de combat" et ceux qui ne veulent pas stigmatiser l'islam.

Invité au même moment sur C8, le candidat des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a déclaré dès le début de son passage chez Cyril Hanouna que sa présence sur la chaîne jeudi soir était un "acte de protestation contre ce qui est en train de se passer: la rédaction d'un service public organise un débat entre deux personnes qui sont d'accord sur une loi et vont voter la même chose" sur la place "des musulmans en France".