Jeudi 28 janvier 2021

L'évacuation des malades Covid, missions stressantes pour les pilotes d'hélicoptère

Par Marc Antoine BAUDOUX

Durant le premier confinement, ils ont évacué des centaines de malades du Covid-19 pour soulager les hôpitaux surchargés du Grand Est, des missions stressantes pour les pilotes des hélicoptères de la Sécurité civile, confrontés pour la première fois à un "ennemi invisible".

"J'ai participé à pas mal d'opérations militaires à l'étranger, en Yougoslavie, en Somalie, donc j'ai eu l'habitude d'être confronté à des missions difficiles, où il y avait un ennemi. Un ennemi identifié, au sol, avec des armes. Mais un ennemi comme le Covid, un danger invisible, c'est la première fois qu'on était confronté à ça", raconte Claude Schahl, ancien pilote de l'Aviation légère de l'Armée de Terre (ALAT) qui officie désormais sur l'hélicoptère de la Sécurité civile "Dragon 67", sur la base de Strasbourg-Entzheim.

Les habitants de Mulhouse (Haut-Rhin), frappée de plein fouet par l'épidémie au printemps dernier, ont encore en tête le ballet incessant des hélicoptères qui survolaient la ville pour évacuer des malades intubés vers des hôpitaux moins surchargés.

Claude Schahl, 57 ans, et ses trois collègues pilotes strasbourgeois ont largement contribué à ces évacuations sanitaires et ils pourraient bien être de nouveau mis à contribution prochainement puisque la situation se tend singulièrement dans les hôpitaux du Grand Est.

- Cloison en plastique -

"En mars la situation était urgente, pas mal de services et d'hôpitaux, principalement Mulhouse, étaient débordés par des patients atteints du Covid et il fallait libérer des places, évacuer certaines personnes vers d'autres structures", rappelle Claude Schahl.

"Nous avons démarré le 17 mars. C'était une mission particulière, on n'avait jamais transporté de tels patients dans de telles conditions", insiste le pilote.

Pour tenter d'éviter toute contamination, moult précautions sont prises dans les hélicoptères.

"Ces missions prenaient pas mal de temps, la prise en charge des patients était plus longue qu'un patient standard, les vols étaient plus longs et il fallait qu'on se protège avant d'entamer les missions: on mettait des combinaisons, des masques FFP2, on avait du gel hydroalcoolique... L'habitacle de l'hélicoptère était également protégé avec une cloison en plastique transparente entre le poste de pilotage et la partie arrière où se trouvaient le patient et l'équipe médicale", explique Claude Schahl.

D'où certaines difficultés pour communiquer avec les autres appareils ou la tour de contrôle, avec les masques gênant les micros. Et pas question d'utiliser le chauffage dans l'hélicoptère malgré la température plutôt fraiche du mois de mars, "pour éviter le brassage de l'air et éventuellement du Covid" dans cet espace confiné qu'est l'habitacle.

- "Peur d'attraper le Covid" -

A l'époque le virus était encore entouré de beaucoup d'inconnues. "Bien sûr qu'on avait peur d'attraper le Covid, pas uniquement par rapport à nous mais par rapport à nos familles, nos enfants. Je suis à la Sécurité civile depuis 2001, c'est la première fois qu'on était confronté à une telle situation, de telles missions", poursuit l'expérimenté pilote alsacien.

Toutes les précautions mises en place ont heureusement été efficaces puisque sur la base de Strasbourg-Entzheim, où des équipages de Besançon et Annecy étaient venus prêter main forte, personne n'est tombé malade.

Une base où les astreintes entre pilotes ont été réorganisées pour s'adapter au rythme intense des journées. Les équipages procédaient à quatre ou cinq longues missions d'évacuations quotidiennes, contre deux à trois beaucoup plus courtes en moyenne en temps normal.

"On était souvent partis pour la journée. Nos seuls passages sur la base c'était pour désinfecter l'hélico, se rééquiper, faire le plein et préparer les missions suivantes. Et souvent ça se terminait de nuit. C'étaient donc des journées assez difficiles, assez intenses et stressantes avec des vols relativement longs", se remémore Claude Schahl.

"Cette période a duré un gros mois: de mi-mars jusqu'à mi-avril on était vraiment dans le feu de l'action. Après, ça a continué quelques temps à un rythme moins soutenu", ajoute le pilote, qui a encore procédé à quelques transferts de malades entre la région Rhône-Alpes et le Grand Est à l'automne.

Et malgré les craintes de contamination, "personne n'a refusé de voler, il était hors de question qu'on refuse ces missions. Il fallait bien soulager les hôpitaux", conclut-il.