Vendredi 12 mars 2021

L'expulsion d'un avocat par des policiers d'une audience à Aix suscite de vives réactions

AFP - CLEMENT MAHOUDEAU

L'expulsion d'un avocat par des policiers jeudi au tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence, après un incident d'audience, a suscité de vives réactions de la profession, qui a dénoncé le "mépris" envers les +robes noires+, poussant le garde des Sceaux à réagir.

"J'ai été alerté de l'émoi suscité par cet incident", a commenté M. Eric Dupond-Moretti vendredi, lors d'une visite à Marseille, en assurant qu'il prendrait "évidemment les décisions qui doivent être prises quand les informations les plus complètes possibles" lui auront été apportées.

L'incident d'audience a impliqué Me Paul Sollacaro, le fils du bâtonnier d'Ajaccio Antoine Sollacaro, assassiné en 2012 en Corse, a priori par des membres de la bande criminelle du +Petit Bar+ dont le renvoi devant les assises a été récemment requis.

La tension est montée au tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence jeudi quand Me Sollacaro, avocat de l'un des 11 prévenus dans un dossier de trafic de drogues, a voulu obtenir la disjonction du cas de son client, positif au Covid-19. Une requête aussitôt rejetée par le président d'audience, qui s'est également opposé à ce que le prévenu se présente devant le tribunal.

Selon des avocats présents à l'audience, la situation s'est alors envenimée et, dans la confusion et après de vifs échanges, le président a demandé l'intervention de la police pour faire sortir Me Sollacaro. Par solidarité, tous les autres avocats présents ont également déserté le tribunal.

Parlant d'un "incident d'audience grave", le premier président de la cour d'appel d'Aix-en-Provence a reconnu vendredi après-midi dans un communiqué qu'ordonner l'éviction d'un avocat était "une décision rare et extrême, tout comme l'a été le comportement de l'avocat concerné".

Selon le magistrat, Me Sollacaro aurait "proféré des invectives et attaques personnelles virulentes" à l'adresse du président d'audience, .

Cette expulsion a provoqué un vif émoi chez les avocats et Me Sollacaro a reçu de nombreux soutiens, y compris du monde politique corse.

Dénonçant "le comportement et les propos inacceptables" du président d'audience, le Conseil national des barreaux avait quant à lui estimé plus tôt dans la journée que "le pouvoir de police de l'audience" d'un président de tribunal correctionnel n'était "pas un pouvoir arbitraire". Le président du tribunal a "manifesté un mépris à l'encontre de la profession d'avocat et des règles à suivre pour un procès équitable", a encore déploré le Conseil.

"Je pense que c’est un dérapage mais ce n'est pas acceptable: on ne peut pas s'emparer d'un avocat en robe à une audience et le faire sortir manu militari", a aussi réagi auprès de l'AFP Thierry Troin, bâtonnier de Nice, qui, aux côtés d'une cinquantaine de confrères, a participé vendredi en début d'après-midi à un rassemblement devant le palais de justice d'Aix-en-Provence.

Lors de la reprise du procès, à 13H00 vendredi, les bâtonniers de Nice et d'Aix-en-Provence ont à leur tour demandé le renvoi de ce dossier, là encore sans succès. L'audience a donc redémarré en l'absence totale d'avocats auprès des prévenus.

Selon l'avocat d'un des prévenus, à l'AFP, les peines finalement prononcées par le tribunal ont été "extrêmement basses, inférieures aux réquisitions du parquet, et aucun mandat de dépôt n'a été demandé". Aucun des avocats ne devraient faire appel.

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