Mercredi 24 mars 2021

Mosquée de Strasbourg: Darmanin dénonce le "financement d'une ingérence étrangère", EELV soutient la maire

AFP/Archives - Philippe DESMAZES

Gérald Darmanin a de nouveau accusé mercredi la mairie de Strasbourg de "financer une ingérence étrangère sur le sol" français avec l'adoption lundi d'une subvention à la construction d'une mosquée soutenue par une association pro-turque.

Invité de RMC/BFMTV, le ministre de l'Intérieur s'est inscrit en faux contre des déclarations de la maire EELV de Strasbourg, Jeanne Barseghian, assurant que M. Darmanin ne l'avait pas prévenue de ses réticences à l'égard de la fédération Millî Görüs.

"J'ai eu l'occasion de dire à la maire de Strasbourg (...) que nous ne trouvions pas ça pour le moins amical avec les intérêts français", a-t-il assuré, expliquant que "cette fédération pro-turque n'a pas voulu signer la charte des valeurs de la République".

"Nous considérons, nous, que cette association, n'est plus capable d'être dans le monde représentatif de l'islam de France", a poursuivi M. Darmanin.

Ces déclarations de M. Darmanin interviennent après que le président Emmanuel Macron a mis en garde mardi sur France 5 contre des tentatives d'ingérence de la part de la Turquie lors de la prochaine élection présidentielle.

Le ministre a affirmé qu'il y avait "particulièrement à Strasbourg (...) des tentatives d'ingérence extrêmement fortes dans notre pays, de la part notamment de la Turquie".

"Nous avons un certain nombre d'indices montrant que le gouvernement turc souhaite s'ingérer dans les histoires françaises et notamment religieuses", a-t-il dit. "Nous considérons que cette collectivité (la mairie de Strasbourg) n'aurait pas dû financer une ingérence étrangère sur notre sol".

Gérald Darmanin a encore fait valoir que Millî Görüs avait, selon ses "informations", "cherché de l'argent ailleurs, notamment au Qatar".

Pour lui, avec cette fédération, "il y a une ingérence nationaliste". "Nous considérons, nous, que nous ne pouvons plus traiter avec ces associations qui sont contre les valeurs" de la République, a-t-il insisté en soulignant que d'autres fédérations du CFCM avaient également refusé de signer la charte de la République.

Sollicité mardi, Eyup Sahin, délégué régional Grand Est la fédération Millî Görüs, avait précisé à l'AFP que des demandes de financement avaient été adressées "au Qatar et au Koweït".

"Nous n'avons pas reçu de réponse", avait-il précisé, mais en cas d'obtention d'une subvention étrangère, "nous le déclarerons au ministère (de l'Intérieur, ndlr). Et si le ministère nous donne l'autorisation de recevoir cette subvention, alors nous l'utiliserons".

De son côté, la numéro 2 des Verts Sandra Regol a défendu Jeanne Barseghian sur BFMTV mercredi: "Cette mosquée a été lancée par l'ancienne municipalité, la première pierre a été posée en 2017, il me semble que le président était déjà Emmanuel Macron, que le préfet était là (ndlr: une nouvelle préfète, Josiane Chevalier, a pris ses fonctions le 3 février 2020), et à ce moment-là l'association n'était pas considérée comme un problème".

Selon elle, l'édile strasbourgeoise, "pour lutter contre le terrorisme qui pourrait utiliser les mosquées clandestines pour ses réseaux, a choisi de mettre en place des structures suivies par des associations et la mairie, permettant d'avoir un islam vivant et respectueux des valeurs de la République".

Au-delà de cette nouvelle attaque de l'exécutif, "cela devient lassant de monter de toutes pièces contre les écolos des affaires qui n'existent pas", estime-t-elle.