Mercredi 17 février 2021

A Mulhouse, après un an de Covid, les soignants de médecine interne toujours sur le pont

Par Damien STROKA

"Si ça remonte, on sera là. On n'abandonne pas le navire": malgré le "ras-le-bol" et la "fatigue", les soignants du service de médecine interne de l'hôpital de Mulhouse, très sollicités depuis le début de l'épidémie de Covid-19, se tiennent prêts en cas de nouvelle flambée du virus.

Il y a un an, lorsque l'épidémie a frappé de plein fouet la cité alsacienne et submergé l'hôpital Emile-Muller, "les débuts ont été difficiles, personne ne s'attendait à une telle violence", se souvient Mireille Ducarouge, 56 ans, cadre de santé dans ce service, l'un des plus importants de l'établissement mulhousien avec une soixantaine de lits.

Depuis, "on est Covid toute la journée : au travail, chez soi quand on rentre", en écoutant les informations... "Le personnel en a ras-le-bol, on a envie de penser à autre chose", témoigne-t-elle auprès de l'AFP.

Moins médiatisés que leurs collègues réanimateurs ou urgentistes mais tout aussi sollicités, les internistes -- médecins, infirmières ou aides-soignantes -- jouent depuis un an un rôle crucial dans la prise en charge hospitalière de la pandémie : leur service, qui accueille d'habitude plutôt des patients souffrant de maladies systémiques ou auto-immunes, s'est très vite reconfiguré en mode Covid pour prendre en charge les malades nécessitant d'être hospitalisés et oxygénés, sans forcément être intubés.

- "Aux petits soins" -

Une véritable plaque tournante de l'hôpital, capable, avec sa centaines de soignants, d'accueillir les patients sortant des urgences ou de prendre en charge ceux revenant de réanimation.

En cette mi-février, l'activité Covid dans le Haut-Rhin n'est plus celle d'il y a un an : Emile-Muller, qui a réactivé à l'automne le plan blanc, compte 136 cas de Covid-19, dont 14 en réanimation. Dans le Haut-Rhin, le taux d'incidence (près de 138), toujours conséquent, est inférieur à ceux du Grand Est (176) et de la Moselle (près de 280), où la poussée des variants inquiète, selon les derniers chiffres officiels.

"Aujourd'hui, environ une vingtaine" de patients Covid sont hospitalisés en médecine interne, explique le Dr Benjamin Dervieux, qui va prendre dans deux semaines les rênes du service.

Sur les portes de plusieurs chambres, des affichettes mettent en garde : "Avant d'entrer, adressez-vous aux soignants. Covid +". Dans les couloirs, ces derniers portent blouses, charlottes, surchaussures, lunettes et gants.

Originaire de Staffelfelden, au nord de Mulhouse, Daniel est arrivé vendredi dans le service. Cet ancien mécanicien de 77 ans tire son chapeau à l'équipe soignante, "aux petits soins" : "c'est des gens qui courent, qui travaillent", glisse le retraité.

"Ici, à l'hôpital, ça ne chôme pas, avec le sourire" alors que pourtant, "ils doivent en avoir jusque-là du Covid!"

Au plus fort de l'épidémie, la médecine interne avait dû pousser les murs et ouvrir des lits pour accueillir jusqu'à 70 patients, se souvient le Dr Dervieux, 34 ans, en poste à Emile-Muller depuis trois ans et demi.

- "Fatiguant" -

Par la suite, "l'été a été plus calme (...) on a pu souffler", glisse ce médecin d'un "naturel plutôt optimiste", "pas inquiet vis-à-vis des variants", dont deux cas de "sud-africain" ont été identifiés récemment dans des lycées de Mulhouse et Colmar.

Un malade porteur du variant anglais est également hospitalisé en médecine interne, précise le Dr Dervieux, qui note que "l'activité Covid a diminué dans les dernières semaines" au sein de l'établissement haut-rhinois, preuve à ses yeux que les mesures sanitaires (port systématique du masque, couvre-feu...) fonctionnent.

Et si, comme le redoute le ministère de la Santé qui appelle les établissements de santé à réactiver d'ici jeudi leur "plan de mobilisation interne", la courbe épidémique repart à la hausse, alors "on sera en capacité" de faire face, explique d'une voix posée le Dr Dervieux. Même si, concède-t-il, réorganiser un service, c'est forcément "assez fatiguant".

"On essaie de motiver les troupes", glisse Mireille Ducarouge. "On a une belle équipe, jeune, dynamique" et "soudée". De toute façon, "il faut continuer, on est soignants dans l'âme".