Lundi 08 mars 2021

Projet d'attentat déjoué avant l'Euro-2016: le procès s'est ouvert à Paris

Le procès de Réda Kriket et de six hommes soupçonnés d'avoir projeté un attentat jihadiste en France à quelques semaines de l'Euro-2016 de football s'est ouvert lundi devant les assises spéciales de Paris, sans l'un des accusés.

A l'ouverture de l'audience, la cour a constaté l'absence d'Anis Bahri et lui a délivré une sommation de comparaître. Celui-ci ayant signifié son refus, la cour a décidé de passer outre et de poursuivre l'audience en son absence.

L'un de ses coaccusés, Réda Kriket, 39 ans, qui avait récusé la semaine dernière ses avocats, a finalement décidé d'être représenté.

Dans un texte lu à la cour, l'ex-braqueur de nationalité française, cheveux bruns coupés courts, en polo et pantalon noirs, a précisé qu'il contestait la loi française, qui n'est "pas la (sienne)".

"Aujourd'hui il souhaiterait être défendu sur les faits qu'on lui reproche, (...) avec quelques réserves. Mais il souhaite tout de même bien expliquer, une fois pour toutes, qu'il n'y avait jamais de projet terroriste", a déclaré à la presse l'un des avocats de Réda Kriket, Me Yassine Bouzrou.

Le 24 mars 2016, deux jours après les attentats de Bruxelles, les enquêteurs avaient découvert un arsenal de guerre "d'une ampleur inédite" dans un appartement d'Argenteuil (Val-d'Oise), loué sous une fausse identité par Réda Kriket.

Ils avaient saisi cinq fusils d'assaut de type Kalachnikov, sept armes de poing, de nombreuses munitions, 105 g de TATP - une substance prisée des jihadistes de l'organisation Etat islamique (EI) pour des attentats - 1,3 kg d'explosif industriel, ainsi que des documents administratifs volés ou falsifiés et de très nombreux téléphones.

L'enquête avait débuté en novembre 2015, avec l'interpellation en Turquie de deux hommes sur le point de se rendre en Syrie, selon les autorités. En s'intéressant à leur entourage, les enquêteurs étaient remontés à Anis Bahri puis à Réda Kriket, suspectés d'avoir eux-mêmes séjourné en Syrie entre fin 2014 et début 2015.

Réda Kriket était alors sous le coup d'un mandat d'arrêt international, après sa condamnation en son absence en juillet 2015 à dix ans d'emprisonnement en Belgique, au procès d'une filière jihadiste vers la Syrie. L'un des principaux prévenus - également absent - à ce procès belge était Abdelhamid Abaaoud, l'un des organisateurs présumés des attentats de Paris et Saint-Denis du 13 novembre 2015, qui serait tué quelques jours après les attaques.

Au cours de l'enquête sur l'arsenal d'Argenteuil, Réda Kriket avait d'abord évoqué un individu, qu'il appelait Abou Badr, comme étant celui ayant déposé les armes dans l'appartement avant de partir en Syrie. Il a finalement reconnu avoir inventé l'existence de ce personnage, affirmant que les armes étaient destinées à l'interception de stupéfiants ou à être revendues.

Délinquant multirécidiviste, Réda Kriket avait évoqué devant une enquêtrice de personnalité son "goût pour l'argent facile" et ce "dès son plus jeune âge". Il a toujours contesté s'être radicalisé en prison et s'être rendu en Syrie.

Anis Bahri avait lui affirmé avoir voulu combattre au sein de l'Etat islamique et tenté de rejoindre ses rangs à deux reprises, sans succès.

Pour l'accusation, la "cellule d'Argenteuil" semblait "s'inscrire (...) en cohérence avec les attentats et projets d'attentats perpétrés en Europe depuis 2015". Son éventuelle cible reste cependant inconnue.

Au total, sept accusés doivent être jugés jusqu'au 9 avril pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, certains en état de récidive légale. Réda Kriket est également renvoyé pour "usage de faux document administratif".