Samedi 13 mars 2021

Régionales: pour la majorité présidentielle, la quête des alliances

Par Paul AUBRIAT

AFP/Archives - GUILLAUME SOUVANT

Alliances, fusions et "front républicain": peu optimistes quant à leurs chances d'arriver en tête au soir du premier tour des élections régionales, La République en marche et ses alliés tentent d'élaborer des stratégies pour "être présents dans le maximum d'exécutifs" régionaux.

Si les espoirs de victoire sont permis en Centre-Val-de-Loire, où le ministre des Relations avec le Parlement Marc Fesneau (MoDem) jouit d'un solide ancrage local, le principe de réalité - nourri par les sondages - oblige les marcheurs à "l'humilité".

"De manière générale, la majorité a peur de son ombre sur ces élections régionales, alors qu'il y a quelque chose à faire", veut pourtant croire un conseiller de l'exécutif, d'autant que "le gagnant peut facilement être en majorité relative et avoir besoin d'appoint. Et nous, on peut faire l'appoint".

Il s'agit donc d'"être dans les majorités régionales au deuxième tour", à la suite d'une alliance entre les deux tours, "ou au troisième tour", lorsque chaque assemblée régionale élue devra élire son président.

Premier exemple: en Provence-Alpes-Côte d'Azur, où les marcheurs ont longuement tergiversé. La majorité présidentielle s'est finalement résolue à présenter une liste, conduite par la secrétaire d'Etat aux Personnes handicapées Sophie Cluzel, et donc à ne pas soutenir le sortant Renaud Muselier (LR) dès le premier tour.

Mais, a expliqué la candidate LREM à l'AFP, il n'y aura "aucune hésitation à ouvrir largement aux bonnes volontés", entre les deux tours, notamment "pour faire front au RN" - comprendre une alliance avec la majorité sortante.

Face au parti de Marine Le Pen, la même logique pourrait s'appliquer dans le Grand Est avec le sortant LR Jean Rottner. En Île-de-France, où le député LREM Laurent Saint-Martin conduira une liste au premier tour, un accord le moment venu avec la sortante ex-LR Valérie Pécresse est également envisagé par nombre de caciques de la macronie.

Des alliances toujours à droite? Pas forcément: en Bourgogne-Franche-Comté, la majorité présidentielle emmenée par le maire de Nevers Denis Thuriot (LREM et ex-PS) pourrait toper entre les deux tours avec la sortante Marie-Guite Dufay, étiquetée PS, mais qui avait voté Emmanuel Macron dès le premier tour en 2017.

- L'équation Xavier Bertrand -

S'allier plutôt que périr: les marcheurs entendent autant que possible se maintenir au second tour grâce à des fusions - possibles pour les listes qui ont recueilli au moins 10% des suffrages exprimés au premier tour le 13 juin.

Encore faut-il s'entendre. Dans les Hauts-de-France, l'équation provoque quelques remous: le sortant, Xavier Bertrand (ex-LR), est candidat à sa propre succession, mais veut surtout faire d'une réélection une rampe de lancement pour 2022.

Dans cette région où le Rassemblement national a déjà failli l'emporter il y a cinq ans, l'attitude à adopter divise La République en marche et ses alliés, dont la liste sera conduite par le secrétaire d'Etat chargé des Retraites, Laurent Pietraszewski.

Car, à la doxa originelle d'un barrage à l'extrême droite "quoi qu'il en coûte", des voix discordantes se font de plus en plus entendre.

"Certains militants ne sont pas d'accord pour qu'on se retire et qu'il n'y ait pas un seul de nos représentants pendant cinq ans au Conseil régional", relève une responsable du parti.

Un conseiller se fait davantage précis: "Vous ne pouvez pas faire un +front républicain+ pour Bertrand, alors qu'il tape sur nous au niveau national", explique ce macroniste historique, en prévenant que "si jamais Xavier Bertrand était dans une situation à nous demander un retrait sec, alors ce serait +non+".

Cette théorisation de la fin du front républicain n'en serait pas moins une révolution stratégique, alors qu'Emmanuel Macron et LREM ont toujours fait de la lutte par tous les moyens contre le RN - et donc son accession au pouvoir, fut-il local - l'un de leurs marqueurs le plus fort.

Certains cadres croient toutefois que la question ne se posera pas: "Parce que rien ne garantit que notre tête de liste dépassera les 10% au premier tour", soufflent-ils à mi-voix.